Cet homme a fait des BD sur le cannabis, interview

appel-18-jointPORTRAIT – A l’occasion de l’appel du 18 joint, organisé chaque année dans plusieurs villes françaises, nous avons rencontré Christian Gaudin, un dessinateur qui a notamment réalisé des BD ayant pour thème principal le cannabis. Il nous explique sa vision du chanvre et des drogues en général.

Nous avons rencontré Christian Gaudin, dessinateur français qui a notamment participé au célèbre Journal de Mickey. En plus d’être amoureux des chats, dont il consacre une grande partie de son œuvre, Christian Gaudin a réalisé de nombreux ouvrages sur le cannabis. Un moyen de militer, avec humour, pour sa légalisation.

OursRouge : Ça fait longtemps que tu réalises des BD sur le cannabis ?

Christian Gaudin : Au siècle dernier, j’étais éditeur de BD mais, à un moment, je me suis remis au dessin. J’ai commencé par publier ce ptit truc sur le pétard, Le petit dico illustré du Dr. Pet. C’était il y a 20 ans, en 1994. Après j’ai sorti d’autres choses avec des potes qui fumaient de la beuh et qui étaient issus du monde de la BD.

Tu es pour la légalisation du cannabis j’imagine ?

Oui, évidemment !

Et tu ne penses pas justement que l’interdit fait aussi partie du plaisir ?

Ah si bien sûr, surtout en France ! (rires) Mais en fait j’ai jamais eu trop d’emmerdes avec ça… j’ai passé quelques mois au trou pour avoir reçu un kilo de shit sinon j’ai jamais eu trop d’emmerdes. Dans les années 70, je fumais dans la rue, personne ne savait ce que c’était. C’était bonnard.

Très sincèrement, je pense surtout que la légalisation est indispensable d’un point de vue économique. Le réseau de la dope va nourrir la prostitution, le trafic d’armes, tout un tas de trucs vraiment très pourris. Ça prend une dimension énorme, ça créé des mafias et les mafias créent des flics. Et voilà qu’on se retrouve obligé à payer des keufs. Ça coûte une fortune de dingue pour un produit qui est, selon moi, moins dangereux que l’alcool.

Penses-tu que la légalisation du cannabis orienterait les gens, et donc les dealers, vers les drogues dures ?

Non je ne crois pas. Je pense que les gens qui se tournent vers les drogues dures ont d’abord un problème de souffrance, un problème de ressenti personnel. Si on parle des opiacés, j’ai des potes qui ont essayé, moi je ne suis jamais tombé dedans parce que je ne suis pas dans la souffrance, je n’ai pas besoin de calmer un truc. L’humanité a toujours eu besoin d’un truc pour l’aider à supporter l’insupportable.

C’est la première fois que je roule avec des stups à deux mètres de moi.

Il faut être raisonnable, contrôler tout ça, et surtout pas envoyer ces mecs-là en taule. Moi j’ai fait de la taule, et je peux te dire que c’est vraiment l’enfer. Pas l’enfer qu’on te fait croire avec les trucs qui se passent dans les douches etc. Mais l’enfer de ces mecs qui viennent d’un système merdique, qui sont en manque d’amour et de considération depuis la petite enfance, ce qui les a envoyés dans le mur. Tout cela les empêche de se développer mentalement. Résultat : c’est des cons, ils ne comprennent rien. On en arrive à avoir toute une partie de la population qui a un niveau intellectuel très bas, et c’est pas de sa faute. On ne peut pas résoudre le problème uniquement en foutant des gens en taule, c’est pas possible.

Justement, en parlant de prison, trouves-tu qu’aujourd’hui la société est plus liberticide qu’elle ne l’était auparavant ? Tu disais que, dans les années 70, tu pouvais fumer tranquillement dans la rue…

En effet, c’est très contradictoire. Il y a des aspects qui sont plus liberticides, il y a plus de contrôle général et on fait moins le con qu’avant. Ce sont des mouvements de balancier. Actuellement je ne sais pas trop. En même temps, on a des libertés en moins, tout un tas de trucs, et en même temps regarde ça (ndlr : il nous montre les jeunes allongés autour de nous en train de fumer leur herbe).

Tout à l’heure, il y avait des flics derrière moi. Depuis 20 ans, ils essaient de contrôler. Des fois ils font chier, ils emmerdent les éditeurs. Et en même temps, ils tolèrent. Jme disais quand ils étaient là que c’était génial de pouvoir se rouler un ptit pet. C’est la première fois que je roule avec des stups à deux mètres de moi.

Les droits économiques se réduisent, c’est clair, mais les droits sociétaux, eux, ne cessent de croître. Je pense au mariage gay par exemple.

Christian-Gaudin
Des BD de Christian Gaudin – Crédit photo : Ours Rouge.fr ©

La France légalisera-t-elle un jour le cannabis selon toi ?

Oui bien sûr. Il y a une règle que j’ai observée toute ma vie : ce qu’il se passe aux USA arrive chez nous. En ce moment, dans un certain nombre d’Etats, il y a une vraie libéralisation du cannabis. C’est un gros business qui se met en place. Et le business… là-bas quand ça va monter, les gens vont dire « ah ouais c’est pas mal ». Il n’y a qu’à voir ce qu’il se passe au niveau de l’Europe, qui demande aux Etats d’intégrer dans leur PIB la drogue et les putes (rires). C’est quand même franchement assez insensé ! Je crois que dans 10 ans, dans 15 ans, ou dans 20 ans peut-être, ça viendra en Europe. J’en suis sûr les gars. Mais en France, on a une relation particulière avec le cannabis.

Savez-vous que la première rencontre de la société française avec le shit, c’est Napoléon en Egypte. Quand ils sont revenus d’Egypte, les savants ont ramené du shit. Ce qu’il faut savoir, c’est que Napoléon a été victime d’une tentative d’attentat par un mec qui lui a sauté dessus et qui était, paraît-il, ivre de haschich. Du coup, la première chose faîte par l’Etat français a été de dire que « ce truc rend fou ».

Après, il y a eu au XIXè siècle ce grand mouvement culturel des élites intellectuelles vers l’Orient, où des tas d’écrivains et de journalistes allaient se défoncer. Je ne sais pas si vous avez déjà bouffé du shit de manière conséquente, ça pète quand même assez.

Je suis dessinateur, j’ai fumé bédo sur bédo, j’ai passé ma vie dans le cerveau droit

Du coup, en France, on a quelque chose qui ramène vraiment la fumette à la folie. En fait, c’est pas faux. Selon moi, l’effet principal du cannabis est qu’il a tendance à développer les fonctions cognitives du cerveau droit (celui des musiciens de jazz, tout ce qui est créativité, sensibilité, manière de penser) alors que le cerveau dominant qui analyse, conceptualise, lui, est quand même un petit peu mis à mal. Donc la fumette provoque l’irruption du cerveau droit, de la poésie, dans la vie. Et si t’es pas habitué à intégrer ça dans ta vie, évidemment, ça peut faire peur, je le comprends très bien. Moi je suis dessinateur, j’ai fumé bédo sur bédo, j’ai passé ma vie dans le cerveau droit.

Hélas, peu de personnes ont ton raisonnement …

Chacun a sa manière de prendre sa dope. C’est le même problème qu’avec l’alcool. Qu’est-ce qu’on en fait ? Comment on interagit avec les autres ? J’ai touché à presque toutes les dopes qui existent, et je suis jamais tombé dedans. Mais je vais pas condamner ceux qui se shootent et picolent pour que leur vie ne soit pas un enfer. C’est un problème de liberté individuelle. A mes yeux, le cannabis va dans le sens d’une plus grande liberté d’esprit et d’une modification de la conscience qui peut être intéressante. Simplement, il faut en faire des trucs.

L’autre problème, c’est la qualité de la beuh qu’on te vend. Les mecs ont tendance à privilégier un effet narcotique fort. Toutes les beuh à base de sativa vont te péter la tête, mais tu vas quand même pouvoir te fendre la poire avec tes potes, faire de la musique.

Du coup, tu penses que la légalisation permettrait de consommer un cannabis de meilleure qualité ?

Ouais, je pense. Ça serait mieux contrôlé, et ça permettrait d’avoir une idée précise de la composition. Moi j’aime bien fumer pour dessiner, faire mes maquettes. Il faut connaître, apprendre, de plus en plus, pour profiter pleinement.

Propos recueillis par Bruno et Chris.
Merci à Christian Gaudin d’avoir accepté de répondre à nos questions.

source:http://oursrouge.fr

Pour aller plus loin :
Blog personnel de Christian Gaudin
Page Amazon de Christian Gaudin

Auteur de l’article : Schaka

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